Littérature

Regards de plomb sous chape de nuit

41G6CYZHWCL._SX279_BO1,204,203,200_« Dans son lit, tard ce soir-là, elle serra David contre elle et caressa sa tête endormie. Il faisait chaud, avec la fenêtre fermée, et elle sentait une mince pellicule de transpiration collante dans les plis de son cou. Elle y passa la paume de sa main et regarda le plafond plongé dans le noir. Un petit ventilateur lançait des vagues d’air humide sur le simple drap qui les recouvrait. David s’était endormi depuis plus d’une heure, mais ce soir elle n’arrivait pas à trouver le sommeil. Pas avec cette chaleur. Elle dégagea le bras qu’elle avait laissé autour de l’enfant et se glissa hors du lit. Il ne bougea pas. Elle remonta le drap sur lui et traversa doucement la pièce, pieds nus. Elle sortit de la chambre et suivit le petit couloir jusqu’à la cuisine. Elle ouvrit une des petites bouteilles de Coca qui se trouvaient dans le frigo et passa dans le séjour où elle avait laissé ses cigarettes. Elle alluma la lampe et s’assit dans le fauteuil devant la télé. Mais elle ne la mit pas en marche. Les cigarettes étaient sur la table. Elle secoua le paquet pour en faire sortir une qu’elle alluma. Elle éteignit ensuite l’allumette en soufflant dessus et la laissa tomber dans le cendrier.

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Journal

« Dans ce cas, laissons-nous. »

Paris, le jeudi 27 septembre 2018
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Le cheval de Turin de Béla Tarr (2011)
« Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. »  
(Jean 3:19)

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Littérature

Le vent noir souffle où il veut…

CVT_Lobscurite-du-dehors_469« Holme leva la main dans un futile geste d’adieu et repartit le long de la route. Le bruit de la canne de l’aveugle qui tapotait doucement faiblissait derrière lui. Il continua, silencieusement sur ses pieds nus, d’un pas lourd, sans grâce, sortant des paisibles champs de maïs, ses orteils laissant une empreinte molle dans la poussière parmi les cratères creusés par les sabots des chevaux et des mules et devant lui sous le soleil de l’après-midi son ombre dérivait dans une obscure parodie de sa marche. La route continuait à travers un brûlis où il n’y avait pas le moindre ombrage et sur des milles et des milles il n’y eut que les formes carbonisées des arbres sur une terre morte où rien ne bougeait que de venteuses faille de cendre qui s’élevaient douloureusement pour retomber mortes le long des corridors noircis.

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