Correspondance

Dieu seul suffit

FIC137917HAB0« Printemps 1922. Marthe a vingt ans. Gabrielle, sa soeur, qui habite sur la route d’Hauterives, lui propose de venir la relayer dans son ménage et à la basse-cour pendant qu’elle s’absente à Marseille. Marthe marche toujours avec une canne, mais elle se débrouille. Un jour, elle monte au grenier. Vive et curieuse de tout, elle ouvre une malle et trouve un vieux livre de piété. Elle le feuillette et ses yeux tombent sur cette phrase : « Pourquoi cherches-tu le repos puisque tu es faite pour la lutte ? Pourquoi cherches-tu le bonheur puisque tu es née pour la souffrance ?

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Correspondance, Littérature

Sculpter un berceau de la nuit et enfin venir au jour

51WYhGhuSjL._SX329_BO1,204,203,200_« LETTRE 280

Montégut, le 8 décembre 1973

L’existence que je mène à l’heure actuelle est très morfondue (ou morfondante) – mort-fondue – et de sinistres pensées traversent mon cerveau. Dans mes moments de lucidité, je me demande vraiment ce que je fais ici, seul, coupé de tout, remâchant des problèmes insolubles – toujours les mêmes : comment accéder à un moi construit, tourné vers le dehors ; comment écrire, comment penser, comment naître, comment briser enfin la coupole de glace qui enserre ma vie ? Depuis deux ou trois ans, j’ai cessé de m’en prendre au monde, aux autres – attitude qui m’avait fait maintenir, malgré tout, une manière de relation avec le monde : je croyais qu’une partie de mon malheur provenait des circonstances, des milieux rencontrés, des mauvaises sonnettes, etc., et cette croyance me permettait de me tourner vers quelque dehors objectif, l’accusant, le haïssant, le désirant, lui lançant foudres et anathèmes, le repoussant, mais aussi – au plus secret – implorant son aide de toutes mes forces et comptant sur lui pour m’en sortir. À présent, je ne crois plus à tout cela.

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Théologie

L’insoutenable douceur du Crucifié

41yEFlqeEpL._SX301_BO1,204,203,200_« Il ne faut pas confondre la peur de la souffrance et le refus de la souffrance. Le refus est une fermeture du cœur, lequel refuse alors aussi bien la joie, la vie, le bonheur… parce qu’il faudrait se donner. Le refus de la souffrance est une révolte qui peut très bien s’exercer alors même qu’on n’a pas peur du tout. Par exemple Pierre a toujours refusé la Croix du Christ, il s’y est opposé violemment… jusqu’au moment où il a eu peur, a trahi et s’est effondré. Vous voyez que la peur est moins dangereuse que le refus…

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Correspondance

Soif contre soif

9782253126775-001-T« Lettre de Mère Teresa à Jésus, jointe à sa lettre au père Picachy, 3 septembre 1959

Partie de ma confession aujourd’hui

Mon cher Jésus,

Depuis mon enfance Vous m’avez appelée et gardée pour Vous – et maintenant que nous avons tous deux pris la même route – maintenant Jésus – je suis sur le mauvais chemin. On dit que les gens en enfer souffrent une peine éternelle à cause de la perte de Dieu – ils endureraient toute cette souffrance s’ils avaient juste un petit espoir de posséder Dieu. – Dans mon esprit je ressens exactement cette peine terrible de la perte – de Dieu qui ne veut pas de moi – de Dieu qui n’est pas Dieu – de Dieu qui n’existe pas réellement (Jésus, s’il Vous plaît, pardonnez mes blasphèmes – on m’a demandé de tout écrire). Cette obscurité qui m’entoure de tous les côtés – Je ne peux élever mon âme vers Dieu – ni lumière ni inspiration ne pénètrent mon âme. – Je parle d’amour pour les âmes – d’amour tendre pour Dieu – les mots passent mes lèvres – et je brûle ardemment d’y croire.

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Littérature

Les ténèbres éternelles

41f+tGWMwNL._SX210_« Faut que je dorme. Peux pas rester éveillé. Vais devenir fou. Dévoré par les démons. Qui me bouffent le crâne. Me sucent la moelle… la moelle de mes os. Font couler de l’acide dans mon cerveau. Les cris des enfants torturés dans mes oreilles. Les ravages du cancer, les hurlements des corps bouffis sur les champs de bataille… tous ces appels au secours, toutes ces supplications qui me lacèrent l’esprit et mettent mon cœur en lambeaux oh seigneur, n’y a-t-il pas de fin à cela ? aucun début à effacer ? nulle lumière nulle part ??? pas de lueur dans les sombres recoins de mon esprit ???? Tous planqués sous un boisseau. Bien cachés. Mis de côté pour un autre jour. Pour encore un autre jour… et encore un autre… S’il vous plaît… quelque chose… quelque chose… n’importe quoi, quelque part. Pitié. Je ne demande qu’à mourir. Est-ce trop ? trop ? Une telle requête serait-elle par hasard déraisonnable ? Juste mourir. C’est tout. Pas la richesse… ou la gloire ou le pouvoir ou… ou l’adulation. La mort. C’est tout. La mort. Totalement. Complètement. Irrévocablement. Une simple requête émanant d’une âme torturée. Repens-toi jésus. Rachète tes péchés. Quelle requête simple. Pas de montagnes à déplacer. Pas d’eau en vin… de poissons et de pains… pas de Lazare à faire revenir. Tu as ressuscité ton ami. Quel égoïste.

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Littérature

La sévérité de la grâce ou la sainteté récusée

51sq+gbctYL._SX335_BO1,204,203,200_« Souffrir – c’était tout ce qu’il pouvait faire. Il n’y a eu qu’un saint, d’ailleurs, et il était inimitable. Un grand signe apparut devant ses yeux et s’effaça, la figure sanglante d’un homme qu’on frappait, qui étendait les bras. Il y avait de quoi rire. Une voix lui disait : « Ça ne vaut rien, ce que tu sais faire. Souffrir ? … Si tu ne le fais pas pour quelque chose, pour quelqu’un, si tu n’y es pas autorisé… « 

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