Cinéma

À chair renversée

Le-soleil-me-trace-la-route« Pourquoi Pialat était-il autant attaché à ce roman de Bernanos ?

Ce ne sont pas les oscillations autour de la foi ou de la religion qui l’intéressaient. Ses interrogations se portaient davantage sur le sens de l’interdit et du mensonge, les thèmes dont traite le film. Une multitude de lois et de convenances nous obligent à être dans le droit chemin, mais que se passe-t-il si l’on va au-delà des limites permises ? Quelles seront les punitions ? Dans ses rapports avec les gens, Pialat cherchait toujours à aller un peu plus loin, là où ça n’est pas permis. C’était sa nature, Maurice transgressait les règles tout le temps. Par provocation, pour voir s’il pouvait être puni. Par exemple, sur Police, il obtient treize semaines de tournage, un budget colossal, et finalement il ne respecte rien. Pourquoi ? Il a besoin d’aller plus loin, d’aller jusqu’à se faire taper sur les doigts. C’est aussi le sujet du film.

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Cinéma, Télévision

Quand la main gauche éclipse la main droite : le démon du génie

31EyKavfkdL._SX327_BO1,204,203,200_« … Et le ciel se retira alors comme un programme qui cesse d’émettre. On ne fait pas impunément l’ésotérique de la télévision. On ne se confronte pas impunément au réceptacle de la magie noire le plus puissant de son époque comme ça, en passant, comme si de rien n’était, sans y laisser quelques plumes, le cœur de son cœur ou l’amour de sa vie, basculé sur l’aile enténébrée de l’Ange… L’art est dangereux.

Si la dernière image de Fire Walk with Me est celle de la transfiguration de Laura Palmer, le dernier mot prononcé est et reste « Garmonbozia », un mot imaginaire, le seul de toute l’épopée. Il est alors sous-titré à l’image : « douleur et chagrin ». Le Garmonbozia, c’est la monnaie de la Loge. C’est ce que Bob doit puiser dans le cœur de ses victimes pour le donner à son « opposé », Mike, et à leur « supérieur » : l’Homme d’un Autre Endroit. La douleur et le chagrin nourrissent les agents du centre contre-initiatique. Et c’est sans surprise que nous apprenons, malgré la parousie finale du film, que Lynch sortira complètement abattu d’une oeuvre dont il était si fier. Les critiques seront désastreuses ; les entrées au cinéma peu nombreuses ; l’histoire s’arrêtera là. Mais surtout, rien ne sera jamais plus pareil. Du style de l’artiste à ses conditions de réception, tout sera triste désormais.

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Notes

Didier Decoin, parturition d’une âme

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© Photographie de Benjamin Decoin, 2017

Au cours de la nuit du 8 au 9 septembre d’une année qu’il tient à garder secrète, Didier Decoin est dépouillé de ses certitudes. Nuit de gestation, prière au bord des yeux. La foi, celle qui est d’abord une expérience, un don de Dieu, en vérité, il ne l’avait pas. De lui, Dieu s’est retiré, « comme l’homme, dans l’amour, se retire de la femme : après avoir déposé en elle cette semence qui n’est pas lui – mais qui est appelée à devenir un peu de lui » (p. 16). À l’aube, il fait Dieu pour lui « comme pour d’autres il fait jour » (p. 19) : il donne alors naissance à son âme. C’est à l’aune du chemin parcouru depuis qu’il est possible de comprendre l’événement, de le relire. « Pour que l’histoire ait un sens, il fallait la commencer par la fin. La renverser. La convertir. » (1)

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Littérature

Mouchette ou le palimpseste du Vice

« Il respira profondément, pareil à un lutteur qui va donner son effort. Et déjà montait dans ses yeux la même lueur de lucidité surhumaine, cette fois dépouillée de toute pitié. Le don périlleux, il l’avait donc conquis de nouveau, par force, dans un élan désespéré, capable de faire violence, même au ciel. La grâce de Dieu s’était faite visible à ses yeux mortels : ils ne découvraient plus maintenant que l’ennemi, vautré dans sa proie. Et déjà aussi la pâle figure de Mouchette, comme rétrécie par l’angoisse, chavirait dans le même rêve, dont leur double regard échangeait le reflet hideux.

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