Littérature

Appeler les chrétiens par leur nom

téléchargement« Sans prêter attention au procureur, l’avocat s’incline de nouveau en direction de la cour :

— À vos ordres. Je voulais seulement dire, messieurs les jurés, que madame Karaoulova, si j’ai bien compris, ne renoncera pas à son point de vue, même au cas, du reste impossible chez nous, où elle serait menacée du bûcher ou des tortures de l’Inquisition. Nous voyons en la personne de madame Karaoulova, messieurs les jurés, le type même de la martyre chrétienne à l’envers, si l’on peut dire, qui, au nom du Christ, a l’air de renier le Christ, et qui, en disant : « non », dit en réalité : « oui » !

Lire la suite « Appeler les chrétiens par leur nom »

Cinéma

À chair renversée

Le-soleil-me-trace-la-route« Pourquoi Pialat était-il autant attaché à ce roman de Bernanos ?

Ce ne sont pas les oscillations autour de la foi ou de la religion qui l’intéressaient. Ses interrogations se portaient davantage sur le sens de l’interdit et du mensonge, les thèmes dont traite le film. Une multitude de lois et de convenances nous obligent à être dans le droit chemin, mais que se passe-t-il si l’on va au-delà des limites permises ? Quelles seront les punitions ? Dans ses rapports avec les gens, Pialat cherchait toujours à aller un peu plus loin, là où ça n’est pas permis. C’était sa nature, Maurice transgressait les règles tout le temps. Par provocation, pour voir s’il pouvait être puni. Par exemple, sur Police, il obtient treize semaines de tournage, un budget colossal, et finalement il ne respecte rien. Pourquoi ? Il a besoin d’aller plus loin, d’aller jusqu’à se faire taper sur les doigts. C’est aussi le sujet du film.

Lire la suite « À chair renversée »

Correspondance

Soif contre soif

9782253126775-001-T« Lettre de Mère Teresa à Jésus, jointe à sa lettre au père Picachy, 3 septembre 1959

Partie de ma confession aujourd’hui

Mon cher Jésus,

Depuis mon enfance Vous m’avez appelée et gardée pour Vous – et maintenant que nous avons tous deux pris la même route – maintenant Jésus – je suis sur le mauvais chemin. On dit que les gens en enfer souffrent une peine éternelle à cause de la perte de Dieu – ils endureraient toute cette souffrance s’ils avaient juste un petit espoir de posséder Dieu. – Dans mon esprit je ressens exactement cette peine terrible de la perte – de Dieu qui ne veut pas de moi – de Dieu qui n’est pas Dieu – de Dieu qui n’existe pas réellement (Jésus, s’il Vous plaît, pardonnez mes blasphèmes – on m’a demandé de tout écrire). Cette obscurité qui m’entoure de tous les côtés – Je ne peux élever mon âme vers Dieu – ni lumière ni inspiration ne pénètrent mon âme. – Je parle d’amour pour les âmes – d’amour tendre pour Dieu – les mots passent mes lèvres – et je brûle ardemment d’y croire.

Lire la suite « Soif contre soif »

Correspondance, Littérature

Que Sa volonté soit faite

9782204094245« LETTRE 476

« Montfriloux », le 3 septembre 1978

Ta dernière lettre […] confirme tout ce que je pense et tout ce que je trouve dans l’Évangile et la prière à propos de l’urgente réformation qui doit s’opérer chez moi. Cela fait vingt ans (!) que cette réforme-là traîne. Et beaucoup d’aspects de ma vie passée commencent à s’éclairer à la lumière d’aujourd’hui. C’est certainement une grande grâce qui m’est faite de connaître mon état (sous le regard de Dieu). J’ai vécu trop longtemps dans l’ignorance (semi-volontaire) et le refus. Ma deuxième conversion, il y a quatre ans, n’a été que partielle : elle portait principalement sur la Foi et le retour à Dieu par Jésus-Christ. Intelligence et cœur. Mais la volonté ? Mais le changement de comportement, de mœurs ? Mais l’abandon, la confiance que Dieu peut changer le pécheur, réellement ?

Lire la suite « Que Sa volonté soit faite »

Notes

Didier Decoin, parturition d’une âme

didier_decoin_par_benjamin_decoin_2011_presse_1_0
© Photographie de Benjamin Decoin, 2017

Au cours de la nuit du 8 au 9 septembre d’une année qu’il tient à garder secrète, Didier Decoin est dépouillé de ses certitudes. Nuit de gestation, prière au bord des yeux. La foi, celle qui est d’abord une expérience, un don de Dieu, en vérité, il ne l’avait pas. De lui, Dieu s’est retiré, « comme l’homme, dans l’amour, se retire de la femme : après avoir déposé en elle cette semence qui n’est pas lui – mais qui est appelée à devenir un peu de lui » (p. 16). À l’aube, il fait Dieu pour lui « comme pour d’autres il fait jour » (p. 19) : il donne alors naissance à son âme. C’est à l’aune du chemin parcouru depuis qu’il est possible de comprendre l’événement, de le relire. « Pour que l’histoire ait un sens, il fallait la commencer par la fin. La renverser. La convertir. » (1)

Lire la suite « Didier Decoin, parturition d’une âme »

Notes

Etty Hillesum, martyre consommée

Etty-Hillesum-une-flamme-dans-la-nuit-de-la-barbarie_article
© Collection du musée d’histoire juive (Amsterdam)

D’Esther Hillesum, surnommée Etty, il ne reste que le journal qu’elle tint entre 1941 et 1943 et les lettres qu’elle écrivit à ses proches depuis le camp de Westerbork, avant d’être déportée à Auschwitz, où elle meurt à l’âge de 29 ans. Des mots intimes, toujours, témoins de l’étonnante conversion d’une jeune Hollandaise, issue d’un milieu relativement aisé, que rien ne destinait à aimer Dieu jusqu’à Lui offrir sa propre vie. D’elle, sans doute, il faudrait surtout lire la correspondance, car à travers elle perce la lumière inouïe d’une âme toute donnée à Dieu, qui comprend qu’il faut d’abord « avoir soif », comme disait avec tant de justesse sainte Catherine de Sienne. Nous pouvons regretter qu’une maison d’édition peu scrupuleuse ait sorti quelques phrases de leur contexte pour en faire l’un de ces ouvrages médiocres qui jonchent les étagères du fameux rayon « développement personnel », celui-là même qui pollue nos librairies de ses arguments New Age pour Narcisse en devenir (1) : ce n’est pas rendre justice à la mémoire de cette jeune femme inconstante jusqu’alors qui, au crépuscule de sa vie, s’est consumée d’amour, le regard tourné vers le Ciel dans une invraisemblable gratitude.

Lire la suite « Etty Hillesum, martyre consommée »