Littérature

De la douleur charitable

Mise en page 1« Retournant tous ces éléments, les couplant avec la découverte récente de ce fait qu’il faisait de mon étude sa résidence principale et son foyer, sans oublier ses humeurs morbides ; retournant tous ces éléments, un sentiment de prudence m’envahit. Mes premières émotions avaient été inspirées par la pure mélancolie et la plus sincère des pitiés ; mais dans l’exacte proportion où croissait dans mon imagination l’abandon de Bartleby, cette même mélancolie virait à la peur, cette pitié à la répulsion. Il est si vrai, et si terrible également, que jusqu’à un certain point, la pensée ou la vue de la misère mobilise nos sentiments les plus nobles ; mais que dans certains cas, au-delà de ce point, elle cesse de les susciter. Ils sont dans l’erreur ceux qui en imputent invariablement la faute à l’égoïsme inhérent au cœur humain. Ce phénomène procède plutôt d’une certaine forme de désespoir de ne pouvoir remédier à un mal excessif et organique. Pour un être sensible, il n’est pas rare que la pitié se fasse douleur. Et quand, en dernière analyse, l’on perçoit que, d’une telle pitié, ne saurait venir aucun secours effectif, le sens commun exige que l’âme s’en débarrasse.

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