Notes

Charles Juliet, du moi au soi

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© Photographie de Ulf Andersen (2017)

La directrice de la collection Qui donc est Dieu ? des éditions Bayard, Claude Plettner, a posé ladite question à Charles Juliet. D’abord, remarque l’écrivain, l’énoncé présuppose l’existence de Dieu, or elle ne va pas de soi et, à vrai dire, l’homme ne croit pas en Dieu. Ou, plus justement, il ne croit pas au Nom de Dieu. « Dieu » n’est rien de plus pour lui qu’une « création de l’homme » (p. 15) et rien de moins qu’un vocable permettant de désigner un concept, qu’il nomme le « soi » (doit-on mettre une majuscule ?) et qui est un état d’être, rendu possible par une exigence spirituelle sans faille. Dès lors, vivre une expérience spirituelle, « c’est effectuer ce long périple qui mène du moi au soi, de l’ignorance à la connaissance, de l’égocentrisme à l’amour. » (p.17) ; un périple qui passe par une destruction progressive de tous nos acquis identitaires, jusqu’à la mort de ce prédateur que nous abritons en notre sein, puis à la naissance d’un homme nouveau, débarrassé de tout instinct primaire et qui, enfin, peut s’ouvrir au « murmure intérieur » (p. 37). Ainsi, le soi de Charles Juliet préexiste en nous dès notre naissance. Il s’agit donc de se « clarifier » (p. 58), pour le faire advenir en plénitude. Dans un court ouvrage désormais épuisé chez l’éditeur (non référencé sur la page Wikipédia de son auteur, et proposé à des prix défiant toute logique par des personnes qui, manifestement, n’ont jamais débuté le chemin spirituel dont il est question ici), l’homme nouveau se raconte. À défaut d’être convaincant, ou même subtil, ce texte hanté par l’absence de présence réelle met en exergue l’énergie prodigieuse que nous pouvons dépenser lorsque, déçus de ne pas avoir été touchés par Dieu, nous Lui refusons notre amour.

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Cinéma, Notes

Hors Satan

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David Dewaele dans Hors Satan de Bruno Dumont (2011)

À la mémoire de David Dewaele 

Si, à première vue, le titre du film de Dumont semble évoquer le sublime Sous le soleil de Satan (1926) de Bernanos, en vérité, il marque au contraire l’opposition entre le Satan nommé par le christianisme et celui qui ne l’est pas, celui qui, littéralement, est hors de nos représentations. Le personnage central, sobrement présenté dans le générique final « Le Gars », n’est pas une figure christique, contrairement aux apparences, et ce qu’il est ne nous sera jamais donné clairement, car le film s’intéresse moins à la caractérisation des personnages qu’à la captation d’un mystère. En ce sens, Dumont est peut-être le plus fidèle héritier du cinématographe imaginé par Bresson.

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Notes

Didier Decoin, parturition d’une âme

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© Photographie de Benjamin Decoin, 2017

Au cours de la nuit du 8 au 9 septembre d’une année qu’il tient à garder secrète, Didier Decoin est dépouillé de ses certitudes. Nuit de gestation, prière au bord des yeux. La foi, celle qui est d’abord une expérience, un don de Dieu, en vérité, il ne l’avait pas. De lui, Dieu s’est retiré, « comme l’homme, dans l’amour, se retire de la femme : après avoir déposé en elle cette semence qui n’est pas lui – mais qui est appelée à devenir un peu de lui » (p. 16). À l’aube, il fait Dieu pour lui « comme pour d’autres il fait jour » (p. 19) : il donne alors naissance à son âme. C’est à l’aune du chemin parcouru depuis qu’il est possible de comprendre l’événement, de le relire. « Pour que l’histoire ait un sens, il fallait la commencer par la fin. La renverser. La convertir. » (1)

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Notes

Etty Hillesum, martyre consommée

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© Collection du musée d’histoire juive (Amsterdam)

D’Esther Hillesum, surnommée Etty, il ne reste que le journal qu’elle tint entre 1941 et 1943 et les lettres qu’elle écrivit à ses proches depuis le camp de Westerbork, avant d’être déportée à Auschwitz, où elle meurt à l’âge de 29 ans. Des mots intimes, toujours, témoins de l’étonnante conversion d’une jeune Hollandaise, issue d’un milieu relativement aisé, que rien ne destinait à aimer Dieu jusqu’à Lui offrir sa propre vie. D’elle, sans doute, il faudrait surtout lire la correspondance, car à travers elle perce la lumière inouïe d’une âme toute donnée à Dieu, qui comprend qu’il faut d’abord « avoir soif », comme disait avec tant de justesse sainte Catherine de Sienne. Nous pouvons regretter qu’une maison d’édition peu scrupuleuse ait sorti quelques phrases de leur contexte pour en faire l’un de ces ouvrages médiocres qui jonchent les étagères du fameux rayon « développement personnel », celui-là même qui pollue nos librairies de ses arguments New Age pour Narcisse en devenir (1) : ce n’est pas rendre justice à la mémoire de cette jeune femme inconstante jusqu’alors qui, au crépuscule de sa vie, s’est consumée d’amour, le regard tourné vers le Ciel dans une invraisemblable gratitude.

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Cinéma, Littérature, Notes

Robert Bresson, ou l’accueil de la grâce

IMG_8529À 74 ans, Robert Bresson rassemble ses notes de travail, dont les plus anciennes datent de 1950, et publie un recueil d’aphorismes sur ce qu’il appelle le cinématographe, par opposition au cinéma (1). À cette époque, il a déjà réalisé onze de ses treize longs-métrages et sa vision esthétique est aboutie. Mais ces notes ne font pas système, elles précisent simplement des obsessions. Pour autant, bien qu’il ne cherche pas à soutenir une thèse, une véritable théorie se dégage quand même de ces réflexions, séparées en deux parties inégales (1950-1958 puis 1960-1974).

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Notes

Le voile de Véronique Lévy

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© Photographie de Jean-Christophe Marmara, le 6 mars 2015, église Saint-Gervais (Paris)

Voilée durant des années par la brume vineuse de l’errance, Véronique Lévy n’a pas eu l’heur de vivre, comme d’autres, une conversion fulgurante, inouïe et presque sans mots : son baptême, elle le doit d’abord à sa prodigieuse patience dans l’épreuve. Le Prince est là, qui rôde, l’égare, de bar en bar, de verre en verre et d’homme en homme. À l’un deux, qui l’invite à danser, elle répond qu’elle ne dansera qu’avec Jésus…

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