Cinéma

À chair renversée

Le-soleil-me-trace-la-route« Pourquoi Pialat était-il autant attaché à ce roman de Bernanos ?

Ce ne sont pas les oscillations autour de la foi ou de la religion qui l’intéressaient. Ses interrogations se portaient davantage sur le sens de l’interdit et du mensonge, les thèmes dont traite le film. Une multitude de lois et de convenances nous obligent à être dans le droit chemin, mais que se passe-t-il si l’on va au-delà des limites permises ? Quelles seront les punitions ? Dans ses rapports avec les gens, Pialat cherchait toujours à aller un peu plus loin, là où ça n’est pas permis. C’était sa nature, Maurice transgressait les règles tout le temps. Par provocation, pour voir s’il pouvait être puni. Par exemple, sur Police, il obtient treize semaines de tournage, un budget colossal, et finalement il ne respecte rien. Pourquoi ? Il a besoin d’aller plus loin, d’aller jusqu’à se faire taper sur les doigts. C’est aussi le sujet du film.

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Cinéma, Télévision

Quand la main gauche éclipse la main droite : le démon du génie

31EyKavfkdL._SX327_BO1,204,203,200_« … Et le ciel se retira alors comme un programme qui cesse d’émettre. On ne fait pas impunément l’ésotérique de la télévision. On ne se confronte pas impunément au réceptacle de la magie noire le plus puissant de son époque comme ça, en passant, comme si de rien n’était, sans y laisser quelques plumes, le cœur de son cœur ou l’amour de sa vie, basculé sur l’aile enténébrée de l’Ange… L’art est dangereux.

Si la dernière image de Fire Walk with Me est celle de la transfiguration de Laura Palmer, le dernier mot prononcé est et reste « Garmonbozia », un mot imaginaire, le seul de toute l’épopée. Il est alors sous-titré à l’image : « douleur et chagrin ». Le Garmonbozia, c’est la monnaie de la Loge. C’est ce que Bob doit puiser dans le cœur de ses victimes pour le donner à son « opposé », Mike, et à leur « supérieur » : l’Homme d’un Autre Endroit. La douleur et le chagrin nourrissent les agents du centre contre-initiatique. Et c’est sans surprise que nous apprenons, malgré la parousie finale du film, que Lynch sortira complètement abattu d’une oeuvre dont il était si fier. Les critiques seront désastreuses ; les entrées au cinéma peu nombreuses ; l’histoire s’arrêtera là. Mais surtout, rien ne sera jamais plus pareil. Du style de l’artiste à ses conditions de réception, tout sera triste désormais.

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Cinéma, Notes

Hors Satan

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David Dewaele dans Hors Satan de Bruno Dumont (2011)

À la mémoire de David Dewaele 

Si, à première vue, le titre du film de Dumont semble évoquer le sublime Sous le soleil de Satan (1926) de Bernanos, en vérité, il marque au contraire l’opposition entre le Satan nommé par le christianisme et celui qui ne l’est pas, celui qui, littéralement, est hors de nos représentations. Le personnage central, sobrement présenté dans le générique final « Le Gars », n’est pas une figure christique, contrairement aux apparences, et ce qu’il est ne nous sera jamais donné clairement, car le film s’intéresse moins à la caractérisation des personnages qu’à la captation d’un mystère. En ce sens, Dumont est peut-être le plus fidèle héritier du cinématographe imaginé par Bresson.

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Cinéma, Littérature, Notes

Robert Bresson, ou l’accueil de la grâce

IMG_8529À 74 ans, Robert Bresson rassemble ses notes de travail, dont les plus anciennes datent de 1950, et publie un recueil d’aphorismes sur ce qu’il appelle le cinématographe, par opposition au cinéma (1). À cette époque, il a déjà réalisé onze de ses treize longs-métrages et sa vision esthétique est aboutie. Mais ces notes ne font pas système, elles précisent simplement des obsessions. Pour autant, bien qu’il ne cherche pas à soutenir une thèse, une véritable théorie se dégage quand même de ces réflexions, séparées en deux parties inégales (1950-1958 puis 1960-1974).

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