Dieu en morceaux sur la table du coroner

CVT_La-trilogie-Lloyd-Hopkins-tome-1-Lune-sanglante_3535« L’attention de Lloyd se reporta sur le dossier de la plus récente victime avant Julia Niemeyer. Il tressaillit à la lecture du rapport du Coroner sur Linda Deverson, D.d.D. 14/6/82 ; découpée en morceaux à l’aide d’une hache de pompier à double tranchant. Des souvenirs aveuglants de Julia se balançant de la poutre de plafond de sa chambre à coucher se mêlèrent à ce qu’il venait d’apprendre pour le convaincre que, d’une manière ou d’une autre, pour quelque raison atroce, infernale, la folie de son meurtrier atteignait son paroxysme. Lloyd baissa la tête et adressa une prière à ce qui semblait être son Dieu rarement invoqué : « S’il te plaît, laisse-moi l’avoir. S’il te plaît, laisse-moi l’avoir avant qu’il ne fasse du mal à quelqu’un d’autre. »

Les pensées de Dieu étaient primordiales dans l’esprit de Lloyd comme il descendait le couloir et frappait à la porte de son supérieur direct, le lieutenant Fred Gaffaney. Il savait que le lieutenant était un nouveau-chrétien, une sale tête de cochon qui tenait les flics de premier plan non conformistes en pieux mépris. Aussi décida-t-il d’invoquer lourdement la divinité dans sa requête pour avoir les pouvoirs d’enquêter. Gaffaney lui avait, à contrecœur, laissé la bride sur le cou pour ce qui était de ses dossiers, à la condition implicite qu’il ne vienne pas mendier de faveurs ; puisqu’il était sur le point de demander des hommes, de l’argent plus les médias, il voulait s’adresser au lieutenant d’un point de vue de religiosité mutuelle. « Entrez, s’écria Gaffaney en réponse à son coup sur la porte. » Lloyd franchit la porte ouverte et s’assit dans un fauteuil pliant face au bureau du lieutenant. Gaffaney leva les yeux des papiers qu’il brassait et toucha du doigt son revers de veste et l’épingle à emblème de croix. « Oui, sergent ? » Lloyd s’éclaircit la gorge et essaya de se donner l’air modeste. « Monsieur, comme vous le savez, je travaille à temps plein sur le meurtre Niemeyer.

— Oui. Et alors ?

— Et bien, Monsieur, c’est un fiasco. La piste est froide.

— Dans ce cas, continuez. J’ai foi en vous.

— Merci, Monsieur. C’est drôle que vous parliez de foi. » 

Lloyd attendit que Gaffaney lui dise de continuer. Quand tout ce qu’il obtint fut un silence de marbre, il poursuivit : « Cette affaire a mis ma propre foi à l’épreuve, Monsieur. Je n’ai jamais été très croyant, mais la manière involontaire dont je suis tombé sur les preuves m’oblige à remettre en question mes croyances. Je… »

Le lieutenant l’interrompit d’un geste tranchant de la main. « Je vais à l’église le dimanche et à des réunions de prières trois fois par semaine. J’élimine Dieu de mon esprit lorsque je mets mon étui de revolver. »

p. 180-191


Blood on the Moon (Lune sanglante) James Ellroy (1984)

Éditions Rivages. Collection Rivages Noir. 286 pages.
ISBN : 978-2869300774

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