L’insoutenable douceur du Crucifié

41yEFlqeEpL._SX301_BO1,204,203,200_« Il ne faut pas confondre la peur de la souffrance et le refus de la souffrance. Le refus est une fermeture du cœur, lequel refuse alors aussi bien la joie, la vie, le bonheur… parce qu’il faudrait se donner. Le refus de la souffrance est une révolte qui peut très bien s’exercer alors même qu’on n’a pas peur du tout. Par exemple Pierre a toujours refusé la Croix du Christ, il s’y est opposé violemment… jusqu’au moment où il a eu peur, a trahi et s’est effondré. Vous voyez que la peur est moins dangereuse que le refus…

Le Christ a eu très peur et Il n’a rien refusé. Les saints non plus ne refusent rien, même au premier mouvement, car ils sont devenus incapables de ce rétrécissement et de ce kyste qu’implique le refus. Ils ont « le cœur liquide », comme disait le Curé d’Ars : refuser, c’est se coaguler. La chair du Christ et des saints se rétractait devant la souffrance : leur âme gémissait, mais ne se rétractait pas. Ce qu’on appelle le courage ne va jamais sans une certaine rétraction, un effort pour se protéger – tandis que l’âme des saints étant devenue purement oblative permet à la souffrance de pénétrer jusqu’au centre où elle rencontre l’océan de la douceur de Dieu… et ils traversent la souffrance, ils lui échappent par la douceur, sans lui résister. Vous commencez peut-être à entrevoir la portée de notre thème initial : Laissez-vous faire. C’est à cela que le Saint-Esprit nous invite. Tant qu’on y résiste, on résiste à Dieu. Imaginer les souffrances qui doivent nous arriver, c’est déjà une rétraction et un refus…

La porte qui s’ouvre sur l’Abîme

Quand nous méditons sur la Croix, il faut pénétrer à l’intérieur pour y trouver l’onction. Il faudrait avoir un peu moins peur de la Croix, et un peu plus de l’onction : ce serait plus sérieux. On a pu parler de « la douceur insupportable du Christ et de la Sainte Vierge au pied de la Croix… » Le Christ n’a pas enduré, Il n’a pas serré les dents, Il s’est laissé désarmer, complètement. Quand on penche les yeux sur l’abîme de cette douceur, c’est bien plus vertigineux et effrayant que la Croix elle-même… mais c’est un vertige qui attire. Il y a un attrait de la Croix : elle est la porte qui ouvre sur le vertige de l’Amour. On peut méditer là-dessus toute sa vie… »

p. 292 à 294


Le courage d’avoir peur, Marie-Dominique Molinié (1975)

Éditions Points, collection POINTS Vivre. 320 pages.
ISBN : 978-2757859438

2 réflexions sur « L’insoutenable douceur du Crucifié »

  1. Merveilleux livre que celui du père Molinié « Le courage d’avoir peur ».

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    1. Oui, vraiment merveilleux. J’en étais au point où je ne savais plus quel passage choisir pour donner envie de le lire, tant le texte est riche en enseignements spirituels !

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