L’Amour fou du Crucifié

Mon-jardin-secret« Jésus qui prie au moment suprême de sa vie nous apprend à faire confiance, par sa prière même, à la Parole de Dieu. Le Psaume que Jésus proclame est une parole de confiance totale. Jésus se « rend » lui-même à Dieu, il accomplit un acte de plein abandon au Père. La situation qu’il est en train de vivre n’est pas seulement dramatique : c’est la situation limite de la mort. C’est une mort en totale, parfaite, très amère solitude. L’Évangile a soin de nous faire remarquer que personne autour de lui ne l’a compris, le récit qui introduit cette dernière parole de Jésus souligne fortement qu’il est abandonné par tous. Les personnes qui auraient pu le comprendre, qui avaient des raisons au moins de lui être proches, ne le sont pas. Le peuple vient ensuite le voir, les chefs ricanent, les soldats se moquent de lui, et même l’un des des malfaiteurs pendus à la croix l’insulte.

Il est dramatique de voir que parmi ces gens (les chefs, les soldats, les malfaiteurs), qui représentent pourtant des catégories aux pensées différentes et souvent même ennemies entre elles, aucun n’est avec Jésus. Tout semble lui dire que c’est une mort absurde, qui ne sert à rien, que c’est un geste raté et que pour cela personne ne le soutient. La solitude qu’il expérimente n’est pas seulement celle de n’être pas compris, mais c’est la solitude qui vient de ce qu’on se moque de lui, qu’il est bafoué dans ce qui lui tient le plus à cœur, c’est-à-dire le salut. Le refrain de ceux qui sont près de lui et qui l’insultent est toujours le même : « Sauve-toi toi-même. » « Qu’il se sauve lui-même. »

Ce mot-clé, répété trois fois, est justement le mot-clé de toute la prédication et la mission de Jésus : c’est la parole que Luc a même prise comme point de référence dans tout son Évangile. L’évangéliste présente Jésus qui commence son ministère public à Nazareth dans le chapitre 3 en prononçant – avec une citation de l’Écriture – la parole de salut : « Tout homme verra le salut de Dieu. » C’est avec cette annonce du salut que s’instaure la mission de Jésus. Et l’évangéliste termine son second livre, les Actes des Apôtres, presque comme pour sceller tout ce qu’il a raconté, encore avec une parole de salut : « C’est aux païens qu’a été envoyé ce salut de Dieu » (Ac 28,28).

C’est la réalité du salut qui est justement mise en question au moment culminant, quand Jésus est sur le point de mourir. Les gens lui disent : « Si vraiment tu es capable de sauver, commence par te sauver toi-même. Comment peux-tu donner le salut, si tu ne sais pas te donner le salut à toi-même ? » L’argument semble évident et irréfutable : si Jésus ne sait pas se sauver, il ne sera même pas crédible. Jésus est seul et on l’attaque justement sur le cœur de sa mission qui est d’apporter le salut. On lui demande d’utiliser le pouvoir qu’il dit avoir, de l’user en sa faveur. S’il s’en sert pour descendre de la croix, les gens croiront qu’il est le Messie. Mais Jésus n’utilise pas ce pouvoir. S’il s’en servait, en effet, il se ferait le garant d’un Dieu païen, d’un Dieu détenteur de pouvoir pour accroître le pouvoir de chacun, d’un Dieu qui se sert du pouvoir pour son propre avantage, et le distribue pour que chacun s’en serve à son propre avantage. S’il descend de la croix les gens croiront, mais ils croiront en un Dieu avec lequel on peut s’arranger, ils se feront une fausse image de Dieu. Jésus choisit de ne pas descendre de la croix. Il est vrai que de cette manière il vivra seul et abandonné, mais il aura pourtant témoigné du Dieu qui donne la vie, du Dieu au service de l’homme. Il aura témoigné du Dieu qui est Amour.

Et voilà, sur ce fond, la signification de la dernière parole de Jésus. Il s’est trouvé face à la contestation maximum, définitive, celle qui concerne sa mission, à laquelle il veut être fidèle jusqu’au bout. Dans cette solitude, qui apparaît extérieurement comme un échec total, Jésus réagit en s’exclamant : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Il témoigne ainsi du Dieu de l’Évangile, le Dieu de la foi, le Dieu auquel il se confie les yeux fermés, le Dieu à qui nous sommes invités nous aussi à remettre notre vie, notre passé, notre présent et notre avenir. »

p. 75 à 78


Mon jardin secret, Carlo Maria Martini (2011)

Éditions Artège, collection Poche. 240 pages.
ISBN : 978-2360408726

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