L’Amour qui rendit jaloux les Anges

titanic-2086
Titanic de James Cameron (1997)

ANNABEL LEE

It was many and many a year ago
In a kingdom by the sea
That a maiden there lived, whom you may know
By the name of Annabel Lee ; –
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.

She was a child and I was a child,
In this kingdom by the sea,
But we loved with a love that was more than love –
I and my Annabel Lee –
With a love that winged seraphs of Heaven
Coveted her and me.

And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
The winds blew out of a cloud by night
Chilling my Annabel Lee ;
So that her high-born kinsmen came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea.

The angels, not half so happy in Heaven,
Went envying her and me : –
Yes ! That was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of a cloud, chilling
And killing my Annabel Lee.

But our love, it was stronger by far than the love
Of those who were older than we –
Of many far wiser than we –
And neither the angels in Heaven above
Nor the demons down under the sea
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee.

For the moon never beams without bringing me dreams
Of the beautiful Annabel Lee ;
And the stars never rise but I see the bright eyes
Of the beautiful Annabel Lee ;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darling, my darling, my life and my bride
In her sepulchre, there by the sea –
In her tomb, by the side of the sea.


C’était il y a bien et bien des années,
dans un royaume près de la mer,
que vivait une jeune fille que vous pouvez connaître
par le nom d’Annabel Lee –
et cette jeune fille vivait sans autre pensée
que d’aimer et d’être aimée de moi.

J’étais un enfant et elle était une enfant
dans ce royaume près de la mer ;
mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour –
moi et mon Annabel Lee –
d’un amour que les séraphins ailés du ciel
enviaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison pour laquelle, il y a longtemps
dans ce royaume près de la mer,
un vent souffla d’un nuage, glaçant
ma belle Annabel Lee ;
de sorte que ses parents de haute naissance vinrent
et l’emportèrent loin de moi,
pour l’enfermer en un sépulcre
dans ce royaume près de la mer.

Les anges, qui ne sont pas de moitié aussi heureux aux cieux,
en vinrent à nous envier elle et moi –
Oui ! – voilà la raison (comme tous les hommes le savent,
dans ce royaume près de la mer)
pour laquelle le vent sortit de ce nuage, la nuit,
glaçant et tuant mon Annabel Lee.

Mais notre amour était de beaucoup plus fort que l’amour
de ceux qui étaient plus vieux que nous –
de plusieurs bien plus sages que nous –
et ni les anges dans les cieux là-haut,
ni les démons là-bas sous la mer
ne pourront jamais séparer mon âme de l’âme
de la belle Annabel Lee.

Car la lune ne brille jamais sans me porter les rêves
de la belle Annabel Lee ;
et les étoiles ne surgissent jamais sans que je sente les yeux brillants
de la belle Annabel Lee ;
et ainsi, pendant tout le flux de la nuit, je me couche à côté
de ma chérie, ma chérie, ma vie et mon épouse,
dans son sépulcre, là, près de la mer –
dans sa tombe à côté de la mer.

(Traduction de Gabriel Mourey)

Annabel Lee, New-York Daily Tribune, Edgar Allan Poe (1849)

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