L’étoile polaire des oubliés

51JgEYlv8iL._SX303_BO1,204,203,200_« Et ne souriez pas pour l’amour de krist.

N’importe quoi mais ne souriez pas. Alors c’est eux qui seront vraiment emmerdés. Vous les foutez par terre. Mais si vous souriez ils vous tomberont dessus, ils trouveront ce qui vous fait sourire et ils vous l’arracheront. Ils tireront, ils donneront des secousses, ils tendrons jusqu’à ce que vos tripes vous remontent à la gorge et vous sentirez comme si un rat vous rongeait de l’intérieur et vous dégueulerez si fort que vous craindrez de dégueuler vos tripes. Oui, ne souriez pas. Pour l’amour de krist n’allez pas sourire sinon vous êtes vraiment dans la mélasse. Vous n’avez pas le droit de sourire. Ils vous brûleraient au bûcher en vous montrant du doigt. Oui, vous avez foutument raison : ils vont le faire. Essayez donc seulement de marcher dans la rue en souriant et vous verrez ce qui se passe. Essayez, c’est tout. Jésus, ils vous laisseront pas vivre. Est-ce que c’est trop demander. Rien que vivre. Qu’on nous laisse seulement tranquilles et vivre comme on en a envie. Et si vous ratez ça les regarde pas. Pourquoi faut-il essayer à leur façon ? Ils croient que leur façon est la seule, ces imbéciles. Ils ont la tête si foutument dure qu’ils croient pas qu’il existe d’autre façon que la leur et si vous vous y prenez à votre propre façon, ils s’arrangent pour que ça rate. Ils se débrouilleront pour qu’à la fin il ne vous reste plus que le même vieux seau de merde. Ils ont peur que vous réussissiez à votre manière et qu’ils soient obligés d’avouer qu’ils avaient tort. Mais ils s’arrangent pour être sûrs que ça n’arrive pas. Ils préfèrent que vous passiez le reste de votre vie avec les tripes nouées et ce goût de pourri  derrière la gorge. Ils s’en foutent. Ils se foutent pas mal de vos tourments. Ils ne comprennent rien à la douleur. Oui, c’est sûr. Ils en rigolent. Ils peuvent pas ressentir la douleur des autres. Je le sais. Je le comprends et je le nie pas. Ils nous arrive à tous de faire du mal à autrui mais eux, ça les amuse. Ils l’oublient en un clin d’œil. Ils font du mal à quelqu’un et ils l’oublient. C’est tout. Ça les inquiète pas. Ils le rejettent de leur esprit. Ça les déconcerte pas du tout. Ils en souffrent pas. Ils ne le revivent pas constamment  Et après, c’est ça qu’ils se disent toujours. Ce qui est arrivé est arrivé et ça leur suffit. Ils retournent chez eux, ils baisent, ils s’endorment comme s’il n’était rien arrivé du tout. Et le lendemain ils repartent dans la rue avec un grand sourire à manger de la merde. Gais comme des pinsons. Ils n’en souffrent pas un seul instant. Pas une seule seconde. Ça ne fait pas partie de leur vie. Les larmes d’autrui ne les noient pas. Ils ne les entendent pas, ils ne les sentent pas gargouiller en eux, elles ne leur brûlent pas la langue. Ils vont leur chemin comme s’il n’était rien arrivé. L’opération a réussi mais le patient est mort. Oui, c’est tout. Pan ! un coup de maillet, affaire suivante. »

p. 287 à 288


The Room (La geôle), Hubert Selby Jr. (1971)

Éditions 10 X 18, collection Domaine étranger. 320 pages.
ISBN : 978-2264023261

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