Corps de Douleur

le-saule-9782757813072_0« Maria est couchée sur le lit. Sans bouger. Une douleur sourde dans sa hanche droite qui irradie lentement. Empire. Pensant bouger pour arrêter la douleur. Maman partie. Grand-mère partie. Bobby parti… quelque part. Encore des sons… des bruits. De temps en temps ouvre les yeux… des lumières. De la douleur. Les yeux piquent, les jambes font mal. Peut pas bouger. Pas la volonté de bouger. Peut pas extraire un mouvement de la douleur. Fissure bougeant dans plafond… Plafond tombant, yeux fermés, corps tendu, attendant… attendant impact… écrasement… L’horloge perd ses aiguilles… maman… maman… seule seule seule Oh maman maman…

soudaines

ténèbres, plafond évité… Ça fait mal. Très mal. Maman ça fait mal. Maman emmène-moi. Arrête la douleur. Terreur gèle corps, dur, rigide, craquant et se fissurant et petits morceaux tombant et roulant vers bouche affamée de démon dévorant, broyant, riant, gémissant, gémissant, gémissant, GÉMISSANT, GÉMISSANT

Maria, Maria. Tu as mal ?

Larmes mouillent pansements, corps éclate en mille morceaux, mille morceaux de démon éclaté, os, chair, soleil levant, tout avalé, avalé et disparaissant dans gouffre derrière ténèbres.

maman… maman
Je vais

dire à l’infirmière de t’apporter quelque chose – oh maman – larmes d’effroi mouillant gaze et draps – oh maman – une petite plainte sortant d’une petite bouche et une immense douleur, une petite plainte pour une infinie menace, un mince corps frêle suppliant, tendant les bras, les bras, les bras vers l’inconnu pour trouver quelque chose à toucher, quelque chose pour le serrer, pour le réconforter, essayant de forcer l’obscurité à céder un petit rayon de lumière aux ténèbres qui continuent à consumer à déchirer à torturer à dévorer à supplicier à tordre à broyer et broyer et cracher les ossements pulvérisés du petit corps dans ses yeux en pleurs – maman, maman – les feux de la peur et de la douleur qui brûlent la petite coque, les larmes chaudes et rouges – oh maman, mammmmmman par pitié… par pitié…

L’infirmière lui fit une piqûre et quitta la 

chambre… et des pans de douce grisaille lentement enveloppèrent le démon et absorbèrent son venin… et Maria descendit lentement dans la paix du sommeil où l’horloge sans aiguilles de la douleur recommencerait à égrener des heures sans dieu et arrêterait le mouvement de ses aiguilles invisibles jusqu’à ce que la nuit se dissipe à nouveau avec le retour de la lumière. »

p.64-66


The Willow Tree (Le Saule), Hubert Selby Jr. (1998)

Éditions Points, collection SIGNATURES. 320 pages.
ISBN : 978-2757813072

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