Le voile de Véronique Lévy

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© Photographie de Jean-Christophe Marmara, le 6 mars 2015, église Saint-Gervais (Paris)

S’il est vrai que certains connaissent une conversion fulgurante, inouïe et presque sans mots, d’autres, en revanche, sont appelés à la morsure de l’errance. Véronique Lévy est de ceux-là : son baptême, elle le doit d’abord à sa prodigieuse patience dans l’épreuve. Le Prince est là, qui rôde, l’égare, d’homme en homme et de bar en bar. À l’un deux, qui l’invite à danser, elle répond qu’elle ne dansera qu’avec Jésus…

Depuis que la petite Coralie lui a dit, au détour d’une plage, « Si tu ne crois pas en Jésus-Christ, tu seras emportée par les robots » (p. 20), Véronique récite l’Angelus et le Pater Noster toutes les nuits. Elle n’a que trois ans, mais très vite l’angoisse laisse place à un désir d’absolu. Longtemps – et depuis son viol à l’âge de six ans, raconté avec pudeur en une phrase non équivoque , alors qu’elle attend désespérément « le regard d’enfant de cet homme inconnu qui [l]’étreindrait tout entière dans une fragilité, [s]a nudité, [s]a blessure humaine » (p. 149), elle sera victime du désir souvent trop étroit des hommes. Un beau jour, dans un geste rageur qui signe le début de sa métanoïa, elle jette, pèle-mêle, minijupes, corsets, portes-jarretelles, talons aiguilles et maquillage, pour rendre son visage « au dessein de Dieu, à Sa beauté royale » (p. 152). Dans l’Église, enfin, elle se sent considérée comme une personne, qui plus est une femme, c’est-à-dire réhabilitée dans un corps qu’elle avait abandonné à la volonté des autres, car Jésus respecte et considère tant les femmes que c’est toujours à elles qu’Il s’abandonne le plus. N’oublions pas que si la Mère de Dieu est autant exaltée, c’est parce qu’elle a enfanté le Fils de l’homme et, dans le même temps, sauvé l’humanité tout entière : « dans cette annonciation, dans cette déclaration d’amour, Il la salue, la nomme comblée de grâce, la bénit… et attend, suspendu au souffle de ses lèvres et de sa liberté, l’envol de son oui » (p. 164). 

Par songes, Il se fait connaître à elle. « J’arracherai ton cœur de pierre et J’y mettrai un cœur de chair ! », lance-t-Il, en transperçant son cœur de deux lames d’acier (p. 56). Son appel se fait irrésistible, mais Véronique est née juive. Elle s’interroge, pressent que Dieu n’est pas réductible à une banale question héréditaire et finit par écrire cette phrase assez sidérante : « Je suis devenue catholique parce que je suis juive. » (p. 210) Pour elle, le Christ incarne l’accomplissement de la mission du peuple juif. À deux reprises, elle Le supplie de ne pas prendre la vie de son frère, plongé une première fois dans le coma après un grave accident de la route et de nouveau, bien des années plus tard, après une défenestration ; à deux reprises, alors que les médecins prévoyaient le pire, le miracle se produit. Plus elle s’abandonne dans Ses bras, moins ses proches la reconnaissent. Ils s’inquiètent, posent qu’elle est victime d’une secte, décrètent qu’elle a perdu la raison (p. 232), mais Véronique lutte avec acharnement, refuse de L’abandonner. Silencieusement, elle poursuit avec Lui un dialogue amoureux, témoin de la plus brûlante des fois. Dans la nuit de Pâques 2012, le 7 avril, elle entre dans l’Église.

Nous pouvons regretter que le livre manque d’harmonie, mais à sa décharge, Véronique avait initialement prévu de publier la transcription de son dialogue amoureux avec le Christ. L’éditeur, estimant que cela déconcerterait trop les lecteurs, lui a alors suggéré d’inscrire cet hymne mystique au cœur d’un récit autobiographique plus accessible. Mais si l’assemblage est un peu factice, le texte n‘en demeure pas moins un puissant témoignage de conversion, emprunt de mystère. Dieu est, n’est pas saisissable. À peine l’avons-nous aperçu, qu’Il se dérobe à nos yeux entrouverts. D’où l’importance, chers frères et sœurs, de nous confronter aux visages, à tous les visages de l’humanité, car tous, d’une manière ou d’une autre, portent un peu de Sa Lumière.

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« Une main se tend et s’ouvre ; elle se pose sur mon front, enceint le haut de ma tête tout entière. La miséricorde se déploie dans le flux et reflux du sang dans mes artères ; un feu d’amour très doux caresse mes nerfs et je m’effondre dans des sanglots. J’ai retrouvé un père. Un père qui bénit et qui garde, un père qui console, un père qui protège et se donne. […] Son regard pénètre au-delà des blessures, au-delà des échecs, de l’usure, des mensonges, des compromis ; il saisit la perle enfouie dans sa gangue obscure ; il la délivre et la met au monde dans la vérité. Par la puissance d’amour de cette main qui se donne, par sa parole de charité, il m’offre à Sa grâce. […] J’apprendrai, plus tard, que je viens de rencontrer Pierre-Marie Delfieux, le fondateur des Fraternités monastiques de Jérusalem : c’est ce moine humble au cœur de feu, aux paroles brûlantes et douces, qui m’accueillit en cette église ; il fut un signe de cet amour du Père cherchant sans relâche la brebis malade et perdue, enveloppant la fille prodigue et retrouvée de Sa Miséricorde… »

p. 118-119

Éditions Le Cerf, collection Épiphanie. 336 pages.
ISBN : 978-2204103381

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