L’œil est la lampe du corps

Le 23 juin 1996 à la Crypte du 12 rue Daru, Paris 8e

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Épître aux Romains 5:1-10
Évangile selon saint Matthieu 6:22-33

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Voici trois instructions de Jésus, en apparence bien distinctes : une sur l’œil de notre corps, une autre sur le service dû à Dieu, la troisième sur les soucis du monde. Cependant, un même enseignement, une même idée-force peut-on dire, les relie : en toute circonstance, il faut conserver un cœur simple et droit. Jésus a en abomination les cœurs faux, hypocrites, qui disent et ne font pas, dont les actes démentent les paroles, dont le oui et le non ne sont pas crédibles, qui soufflent le chaud et le froid, bref tous ceux qui font preuve de duplicité.

Il faut toujours garder un cœur droit. Même en ce qui nous tourmente habituellement : que mangerons-nous, de quoi nous vêtirons-nous ? Problèmes sans fin, questions toujours renaissantes. Si nous nous laissons entièrement dominer, nous n’avons plus une pensée pour Dieu, plus une pensée pour le sens de notre vie, plus un moment à donner pour préparer la venue du Royaume. Or c’est pour cela, et cela seulement, que nous sommes sur Terre, pour remettre notre vie à la garde de l’amour de Dieu, pour choisir Dieu en toutes choses et hâter la venue du Royaume. Le choix est de garder un cœur toujours confiant et fidèle, sans nous laisser détourner par les inquiétudes du moment. Il faut travailler pour le Royaume, et pour autant, ni la nourriture ni le vêtement ne viendront à nous manquer. Notre vie, nos pensées, notre cœur, doivent être à Dieu. Si nous restons prisonniers des soucis ou des divertissements du monde, notre cœur se divise, nos actes démentent notre foi, et nous perdons dans la dispersion le sens du Royaume. Il ne faut pas croire que Jésus n’était pas réaliste, qu’Il ignorait nos responsabilités immédiates. Simplement, Il nous rappelle le sens fondamental de nos vies, de ce pourquoi nous sommes sur Terre, qui est de savoir qui nous servons et qui est notre maître : ou bien Dieu, ou bien les soucis du monde (la nourriture, les vacances ou encore la retraite). De toutes ces choses, non seulement aucune n’est bonne pour le Royaume, mais aucune n’est même sûre et ne peut apaiser véritablement nos angoisses. En Dieu seul se trouvent la vérité, la paix et la vie. Pour le comprendre, l’accepter et le vivre, encore faut-il que notre cœur soit pur, lucide, simple et droit. Le problème est encore plus prégnant avec l’argent. L’argent qui multiplie à lui seul nos inquiétudes, en y ajoutant la perversion supplémentaire de la cupidité et en nous entraînant dans l’idolâtrie complète. Car l’argent ne se contente pas de nous détourner de Dieu, comme le font les soucis de la vie ;  l’argent pour l’argent est la négation, le rejet, la destruction de tout ce qui nous relie à Dieu. Vouloir servir Dieu et l’argent est illusoire et mensonger. Pas seulement parce que ceux qui se mettent au service de l’argent sont captés par lui, mais aussi parce qu’autour d’eux, ils détruisent dans le monde la justice de Dieu. Mammon est la manifestation la plus flagrante de la puissance en soi et de son injustice, qui est le Mal absolu, le retour au néant. C’est pourquoi il faut garder un cœur toujours sincère et un regard toujours simple. Saint Matthieu dit « simple ». C’est-à-dire un regard droit, franc, non biaisé. Et par suite, comme on dit habituellement, un œil sain, sans tache ni tare. C’est toujours la rectitude de cœur, d’âme et de pensée, opposée à la division et à la fausseté. Tous les fidèles doivent préserver la pureté de leur œil et de leur cœur. S’il arrive que l’œil soit trouble, le regard s’obscurcit, le cœur se fait mauvais ; on ne perçoit plus la vraie lumière. Non seulement l’œil, mais le cœur et tout le corps sont enténébrés. Toute la personne devient aveugle. Elle ne sépare plus la lumière des ténèbres, le bien du mal et glisse vers la perdition. Par contre, si elle se tourne tout entière vers Dieu, elle est pénétrée de la vraie lumière et s’unifie dans l’amour divin.

Ces trois exigences de Jésus permettent de savoir comment nous nous situons par rapport à Dieu, de savoir si nous sommes des serviteurs dignes de confiance, ou bien des « païens », de fait. Est-ce que nous nous affranchissons des soucis du monde et plus encore de ses idoles ? Est-ce que nous plaçons notre espérance en Dieu seul et en Son Royaume, ce Royaume qui doit être au-dedans de nous ? Le critère de vérité, c’est l’état de notre cœur. « Dieu regarde le cœur » dit l’Écriture, et le prophète supplie « Ô Dieu, crée en moi un cœur pur » . Un cœur pur, c’est un cœur simple, pour qui « oui » est oui et « non » non. « Jusqu’ à quand clocherez-vous des deux pieds ? » s’écrie un autre prophète. Jusqu’à quand aurons-nous deux regards, deux pensées, deux langages ? Eh bien ! jusqu’à ce que Jésus nous réunifie ! À condition de dominer nos passions, nos ambitions et tout vouloir de la chair comme dit saint Jean. Il faut vouloir prier comme le psalmiste : « Ô Dieu unifie mon cœur ». N’y a-t-il pas en nous, comme dit aussi le prophète Osée, « un cœur dont l’enveloppe se déchirera » ? Un cœur appelé à devenir brûlant comme celui des disciples d’Emmaüs ? Un cœur capable de devenir un écrin assez pur pour recevoir Dieu ? Comme fit la Mère de Dieu, qui n’a cessé de passer et repasser la Parole dans son cœur. Il faut cesser de regarder vers les choses périssables, pour nous tourner vers celles d’En-Haut, de disperser nos pensées et de dissoudre nos forces dans les soucis et les séductions du monde. Il faut revenir toujours davantage vers le Christ, qui ne cesse d’agir sur notre être entier, pensées, sentiments et désirs. Cette action d’unification ne s’accomplit jamais tant que dans l’action liturgique. Il est impossible de participer à la Sainte Liturgie avec un cœur divisé et trouble. Ici, nous sommes unifiés par la puissance de la Parole, par la présence de l’Esprit, par l’amour du Père. Il faut construire en nous un cœur eucharistique pour le déployer, au-delà même de la célébration, dans le monde où nous retournons ensuite.

Il faut garder dans nos cœurs cette joie liturgique, qui est déjà la perle précieuse du Royaume. Elle nous donne d’affronter victorieusement toutes les divisions du monde, comme nos divisions intérieures. Nous disposons, avec la Liturgie, d’un trésor unique et unifiant, éclairant et pacifiant, auquel nous ne sommes peut-être jamais assez attentifs. Il faut et il suffit, pour être fidèles à la Parole de Jésus, de cultiver cette richesse de l’Unique nécessaire, de la porter dans nos cœurs et de la communiquer autour de nous. Alors nous serons, « dans la joie et la simplicité de cœur », une lumière pour le monde, et même — c’est Jésus qui le dit — la lumière du monde. 

Amen

Père René

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