Âme sans destin cherche contrat qui la rachète. Basses œuvres acceptées.

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À J.

« Mon amour, j’ai reçu votre pardon sans mourir de honte ; n’exigez pas que cela devienne un pardon légalisé, une affaire entre hommes de loi. Les saints, dont vous parliez tout à l’heure, n’ont rien qu’au jour le jour, mais ils espèrent des biens éternels, leur compte est en règle sur les registres du Paradis. Que je sois plus pauvre que de la pauvreté des saints ! Je recevrai de toi, de ton bon vouloir, de ta pitié chérie chaque année, chaque mois, chaque semaine, chaque matin de mon humble vie. Ah ! chaque nuit passée dans le temps, l’oubli, la satiété, l’opinion du monde, toutes les forces qui m’oppriment et que je hais. Tu le disais, tu l’as dit, je l’avoue : hélas ! d’où vient cet orgueil que je ne puis arracher ? Je l’arracherai ! D’où vient ce goût hideux d’une perfection impossible, inhumaine, du renoncement, du martyre ? Je l’étoufferai. Si c’est là mon âme, ange ou bête, je ne puis la supporter plus longtemps. »

p. 50


Dialogues d’ombres, Georges Bernanos (1955)

Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade. 1900 pages.
ISBN : 978-2070100675

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